Le bâtiment est en pleine transition. L’avènement du smart building marque une rupture technologique et ouvre de multiples perspectives en termes de valorisation du patrimoine et d’optimisation de son exploitation. En parallèle, l’usage des bâtiments évolue lui aussi avec le développement de nouveaux modes de travail (coworking, télétravail, etc.). Quel est l’impact de ces changements sur la conception des bâtiments ? Pour répondre à cette question, rencontre avec Denis Bouvier, président et architecte associé de l’agence Groupe-6.

L’avènement du smart building marque une rupture dans la perception du bâtiment

Apparu il y a moins de 10 ans, le smart building est aujourd’hui au centre des réflexions. En effet, avec les cycles générationnels auxquels sont confrontées les entreprises, couplés à la transition numérique, une accélération des nouvelles possibilités et une compétition mondiale accrue s’emparent du monde du bâtiment. Le smart building relève donc d’une course en avant vertueuse.

D’après Denis Bouvier, l’appellation smart building, alias « bâtiment intelligent », relève de trois dimensions différentes :

  • La dimension énergétique qui consiste à piloter les équipements énergivores pour réaliser des économies tout en bénéficiant d’un bien-être optimal.
  • La dimension humaine, c’est-à-dire la manière dont le bâtiment s’adapte à son environnement, au plus près des besoins. L’occupant est remis au centre des préoccupations.
  • La dimension technologique avec l’apport des ingénieurs et le déploiement du BIM. Demain, l’intelligence artificielle permettra aux bâtiments de se comporter ou de s’adapter aux comportements des occupants afin d’avoir une dépense énergétique au plus près de la demande, avec, en plus, un confort optimum.

« Nous ne sommes qu’au début de cette transition numérique et énergétique, le reste est encore à venir. Ni l’hyper-technologie ni l’intelligence artificielle n’apporteront de réponses à tout. Cependant, ces technologies vont prendre part aux réflexions du monde contemporain qui se dessine progressivement. L’intervention humaine permettra de trouver le bon équilibre et la bonne utilisation de toutes ces nouvelles technologies. Elles sont importantes mais c’est leur finalité qui donne du sens. »

Denis Bouvier

Président et architecte associé , Agence groupe-6

L’occupant au cœur de la perception des nouveaux bâtiments

Les entreprises sont aujourd’hui confrontées à un challenge générationnel. Les baby-boomers, encore bien présents, laissent progressivement leur place à leurs successeurs, pour certains tout juste diplômés, ayant grandi dans une société radicalement différente marquée par le digital. Ce sont les cycles générationnels des entreprises.

Deux générations se côtoient et doivent cohabiter ensemble car chacune a besoin de l’autre. Avec la transition digitale, les comportements ont changé et les modes de travail ont considérablement évolué. On peut citer par exemple le développement du télétravail et des espaces de coworking. Les entreprises se retrouvent alors à la croisée de deux organisations du travail distinctes où combiner les deux est un challenge. Il faut faire en sorte que les deux générations se rencontrent, collaborent et partagent leurs expériences. Pour cela, la structure des bâtiments doit à la fois satisfaire l’ensemble des occupants et proposer de nouveaux espaces de travail. La qualité de vie au travail devient clé pour les organisations qui manifestent une forte volonté d’offrir plus de bien-être aux salariés en vue de retenir les talents.

« Il faut s’emparer de ces nouveaux univers en faisant évoluer les frontières entre espace privé et espace partagé. Des analyses sociologiques révèlent que ces nouveaux espaces de type coworking ne conviennent pas à tous les collaborateurs. Il faut s’adapter à chaque contexte de site, de lieu, d’entreprise ou encore de méthode de management.

Aujourd’hui, nous pensons aussi les espaces avec le directeur des ressources humaines qui représente et véhicule les valeurs de l’entreprise et connaît le type de management mis en place. Nous sommes en relation avec les personnes qui donnent du sens à la culture et au management de leur entreprise. Car il n’y a pas de solution universelle. Chaque organisation à sa propre identité, son propre environnement, ce qui la rend unique. Donner une valeur ajoutée à cela en proposant des espaces de travail adaptés est une dimension fondamentale du métier d’architecte. »

Denis Bouvier

Président et architecte associé , Agence Groupe-6

Face aux nouveaux comportements, une réflexion globale autour du smart building

Dans les années 90, les bâtiments construits étaient difficilement exploitables et dotés de technologies peu fiables. Aujourd’hui le smart building apporte une nouvelle dimension. Avec pour première préoccupation le confort des occupants, la conception des bâtiments compte moins de mécanique et davantage de digital. Par conséquent, la technologie est de plus en plus pérenne, flexible et accessible pour les usagers. Cela simplifie le rapport entre l’utilisateur et la technique.

« Aujourd’hui il y a une hyper technicité de tout cela. La technologie apporte des avantages mais je pense qu’il ne faudra jamais perdre de vue que les meilleures solutions sont finalement les plus simples » explique Denis Bouvier.

Nous sommes à la croisée de la technique et de l’humanisme. Pour offrir le meilleur, l’architecte doit pouvoir faire une synthèse d’idées très larges afin de les traduire en espaces adaptés aux besoins. Son rôle est de faire le lien entre les technologies et les questions des hommes.

« L’architecte est le pivot entre les sciences et les sciences humaines. Il traduit toutes ces données afin de concevoir des bâtiments qui accueilleront à la fois le travail, le logement ou encore la ville. Ce dernier point est essentiel car les bâtiments que nous réalisons ne sont pas seulement dédiés au travail mais également à la construction de la ville. Nous additionnons des bâtiments aux autres afin que le travail se prolonge dans la ville. Au-delà du smart building, il y a toute une démarche autour de la smart city et du smart quartier. Avoir une réflexion globale demeure donc le plus important. »

Denis Bouvier

Président et architecte associé , Agence Groupe-6

A propos de l’Agence Groupe-6

Figurant parmi les premières agences d’architecture en France, Groupe-6 est installée à Paris et Grenoble. Depuis sa création en 1970, sa dynamique est collective, et repose sur ses capacités d’interdisciplinarité et de synthèse.  En 2018, elle compte 10 associés,  5 directeurs et près de 150 collaborateurs. Aguerrie à la complexité, l’agence Groupe-6 répond aux grands enjeux de notre société contemporaine : sport, éducation, sciences, espaces de travail, mobilités, commerces, culture, santé… Groupe-6 a conçu de nombreux projets remarquables : l’équipement mixte de la Vache Noire et l’hôpital Sud-Francilien, en Île-de-France ; la Caserne de Bonne et le musée des Beaux-Arts, à Grenoble, ou encore le Laboratoire LMA de Marseille (Prix AMO Saint-Gobain 2016), et le Stade de Bordeaux, aux côtés d’Herzog et de Meuron. Groupe-6 réalise notamment aujourd’hui le Centre hospitalier de Rennaz, en Suisse, le pôle commercial Cap 3000, à Nice, les laboratoires du CRBS à Strasbourg, l’Arena de Chartres et la Cité numérique du Havre.

Pour en savoir plus : Agence Groupe-6