Le Lifi peut-il détrôner le Wifi ? Que peut apporter cette technologie pour les bâtiments tertiaires ou industriels ? Doit-on l’intégrer dès à présent dans les nouveaux projets de smart building ? Pour vous éclairer, Smart Builders a interrogé Marc Fleschen, fondateur de la société Zero.1 et président de la Light Communication Alliance (LCA).

Qu’est-ce que le Lifi ?

Le Lifi, pour Light Fidelity, a officiellement vu le jour en 2010. Cette technologie sans fil permet de transmettre des données par la lumière émise par des LEDs, qui possèdent la capacité de pouvoir s’allumer et s’éteindre plus d’un million de fois par seconde. « Il s’agit donc ni plus ni moins que de morse optique ! Soit le même principe que la fibre optique… mais sans la fibre », rappelle Marc Fleschen, à la tête de la société Zero.1, spécialisée dans le Lifi. La lumière et l’Internet réunis en une seule source, en somme !

Lifi et Wifi : opposés ou complémentaires ?
« Il ne s’agit pas d’une bataille », met en garde Marc Fleschen. « Ils sont complémentaires. Le Lifi a toute son utilité quand le Wifi, la 4G ou le Bluetooth perdent la leur ».

Quels sont les avantages du Lifi ?

Les avantages du Lifi les plus fréquemment cités :

  • Hautes performances (débit, latence, stabilité)
  • Sécurité
  • Ultra-précision, excellente technologie du dernier mètre (possibilité d’établir une connexion choisie)
  • Absence d’interférences avec les technologies radio
  • Capacité à couvrir des zones blanches dans les bâtiments (usines, tunnels, parkings…)
  • Impact probablement plus faible sur la santé
  • Meilleur bilan environnemental
  • Détaillons les principaux points forts du Lifi dans le contexte du smart building :

    #1 Lifi et data : des performances exceptionnelles

    Le taux de latence du Lifi est très bas, moins d’une milliseconde, ce qui permet d’atteindre une densité de données inégalée. Avec la lumière, la bande passante est plus large, 1000 fois supérieure à celle de la radio. Conséquence : même avec un nombre d’utilisateurs élevé, le signal n’est pas dégradé, contrairement au Wifi. Un vrai atout en entreprise. Marc Fleschen

    fondateur de la société Zero.1 et président de la Light Communication Alliance (LCA).

    Aujourd’hui, le Lifi permet un débit jusqu’à 1Gb/s. « Mais nous travaillons avec des fabricants de luminaires pour des prochaines générations de LED qui pourraient aller jusqu’à 200 Gb/s, soit très largement plus que la 5G ».

    #2 Des connexions plus localisées et donc sécurisées

    Puisqu’un faisceau lumineux peut concentrer la lumière en un point précis, le Lifi offre des connexions ultra-localisées. « Il permet une géolocalisation et des transmissions d’informations extrêmement précises, de l’ordre du centimètre, ce qui est très précieux en usine par exemple ».
    Les connexions Lifi s’avèrent également plus sécurisées. Puisque la lumière ne traverse pas les murs, il devient donc impossible de pénétrer votre réseau depuis l’extérieur de votre bâtiment ou un autre étage.

    #3 Un atout pour la santé ?

    Le Lifi n’émet pas d’ondes radio. « Il peut donc être très intéressant dans des hôpitaux ou dans tout lieu où les ondes électromagnétiques sont déconseillées voire interdites ». Pour autant, la lumière bleue émise par les LEDs est, elle aussi, suspectée d’avoir des effets néfastes sur la santé… Le débat n’est donc pas clos sur ce point.

    #4 Un réseau moins énergivore

    Le Lifi consomme peu d’énergie. « Depuis 15 ou 20 ans, nous utilisons des technologies sans fil très énergivores. Avec le Lifi, l’impact environnemental est faible et les économies d’énergie conséquentes, car nous avons recours à des LEDs basse consommation », analyse Marc Fleschen. Vu sous cet angle, le Lifi est « la seule technologie qui permette d’augmenter l’interconnexion de tous les objets sans impact négatif pour la planète ».

    Quels nouveaux services dans le bâtiment tertiaire ou industriel ?

    Le Lifi revêt un intérêt certain pour les espaces de travail en open space, illuminés par des dalles au plafond intégrant lumière LED et connexion internet très haut débit. Cette logique « deux en un » est aujourd’hui grandement facilitée par le Power over Ethernet (PoE), l’alimentation électrique par câble Ethernet. Pour votre bâtiment, il s’agit d’un fort levier de simplification et d’allègement de l’infrastructure.

    Dans un contexte industriel, le Lifi va permettre « d’optimiser et sécuriser les communications machine to machine, tout en garantissant un signal stable et quasiment pur », estime Marc Fleschen. Dans les « zones blanches » qui se forment au cœur de périmètres compliqués pour l’humain, la communication par la lumière est une alternative de choix.

    Enfin, offrant des débits colossaux sans connexion filaire, le Lifi s’interface avec une Gestion Technique du Bâtiment (GTB), en particulier dans la gestion des maquettes virtuelles (BIM). Toutefois, reconnaît Marc Fleschen, la technologie n’est pas encore assez prise en compte par les acteurs du bâtiment connecté et du bâtiment en général, « quasiment absents de notre alliance LCA ».

    Le Lifi, futur réseau de l’IoT ?

    Sur le papier, le Lifi a donc tout pour s’imposer dans l’IoT, aux côtés de la 5G, l’autre révolution technologique annoncée dans le champ de l’Internet des objets (IoT).

    Selon Marc Fleschen, il trouve même déjà sa place dans le déploiement de nouveaux objets connectés, « à l’image des serrures ou des contrôles d’accès connectés, que l’on déverrouille avec son téléphone via un Lifi hyper-localisé ». Le Lifi apporterait une vraie réponse face au risque de « piratabilité ».

    Quels sont les inconvénients du Lifi ?

    Eh oui, il en a ! Il possède sans doute les points faibles de sa jeunesse : l’écosystème Lifi est encore « éclaté » et les fabricants d’appareils l’intègrent encore peu dans leurs produits.
    Toutefois, pour le directeur de Zero.1, tout cela fait partie de « l’évolution normale d’une technologie ». « Les fabricants attendaient un écosystème stable et unifié : bonne nouvelle, il arrive ! »

    Le besoin d’une standardisation internationale

    Comme pour le Wifi en son temps, l’émergence d’un écosystème stable nécessite une standardisation des normes. C’est dans cette optique que Zero.1 et 16 autres entreprises et institutions, tels que l’Institut des Mines, Nokia ou encore le CEA de Grenoble, ont créé la Light Communication Alliance (LCA). « Et nous sommes parvenus à imposer un standard reconnu à l’international », se réjouit Marc Fleschen.

    Lifi et smart building : quand se lancer ?

    « Environnement, coût, impact santé… Tous les indicateurs sont au vert », affirme le président de la LCA. D’autant plus qu’un autre argument, et non des moindres, plaide en faveur du Lifi : la saturation à venir de la bande passante. « Nous voyons arriver le goulot d’étranglement des systèmes radio. La demande d’alternative au sans-fil pourrait exploser », prévient-il. « Il est donc pertinent d’intégrer dès à présent le Lifi dans les nouveaux projets de smart building. Il n’y a aucune raison d’attendre plus ! »